Biodiversité et bâtiment : une alliance contre-nature ?

Associer le secteur du BTP et la défense de la biodiversité tient a priori du mariage de la carpe et du lapin. Les constructeurs commencent pourtant à intégrer –timidement- ce paramètre dans leurs programmes immobiliers.

Hier totalement incongrue, l’idée d’intégrer la notion de biodiversité dans la construction de bâtiments commence à faire son chemin, au sein des professionnels du BTP. Jusqu’alors, les géants du secteur étaient d’avantage concentrés sur les performances énergétiques des futurs immeubles de bureaux ou d’habitations, règlementations gouvernementales et coûts de l’énergie oblige. La RT 2012 et la récente RT2020 imposent en effet des normes strictes en matière d’isolation, notamment thermique, l’objectif étant de parvenir à terme d’édifier à terme des bâtiments capables de produire plus d’énergies qu’ils n’en consomment.

Bouygues et la LPO réunis

Les choses évoluent pourtant –il était temps- : plusieurs acteurs du bâtiment se sont d’ores et déjà emparés du sujet. Bouygues Construction fait ainsi partie des membres fondateurs du CIBI (Le Conseil International Biodiversité et Immobilier) aux côtés de Bolloré Logistics, Les Jardins de Gally, le groupe Caisse des Dépôts, Gecina, la Ligue pour la Protection des Oiseaux et Elan. Créateur du label BiodiverCity, le CIBI s’est fixé pour objectif, avec ce dernier, « d'évaluer et de promouvoir les opérations immobilières qui prennent en compte et valorisent la biodiversité dans les îlots bâtis ».

Des critères de mesures de la biodiversité

Créé dès 2009 par NOVACERT, le label Effinature ambitionne, quant à lui, de « compléter les critères de qualité environnementale du BTP avec la prise en compte de la biodiversité dans la conception, la réalisation et l'exploitation de programmes d'aménagement et de construction. » ORÉE et HQE, deux associations spécialisées pour l’une dans la mise en œuvre de bonnes pratiques environnementales et pour la seconde à l’origine de la démarche Haute qualité environnementale, proposent pour leur part aux professionnels de mesurer les performances de leurs constructions, dans le domaine de la biodiversité.

Des murs végétalisés qui servent d’abris

Ces derniers disposent déjà d’outils pour recréer en partie la biodiversité disparue, lors de la construction d’un bâtiment. Cela passe par exemple :

- par l’utilisation de l’immeuble comme support physique pour des murs végétalisés, ces derniers servant ensuite de refuge à d'autres espèces associées ;

- l’intégration de structures-nichoirs de mangeoire connectées et/ou le développement de micro-habitats, éventuellement dégradables (brique de bois amovibles pour les invertébrés xylophages) ;

- la réalisation d'autres mesures compensatoires dans le jardin, s'il existe, et sur les éléments construits annexes (murs, clôtures, mobiliser urbain, poteaux, accès, etc.)

Une appréhension globale de la biodiversité urbaine

L’intégration de la biodiversité dans les constructions neuves fait, par ailleurs, écho aux travaux de recherches et de recensement menés par le Museum national d’histoire naturelle (MNHN) autour des plantes sauvages en milieu urbain, réalisés dans le cadre d’un projet de sciences participatives, et pour lequel Natural Solutions a conçu une application dédiée : Sauvages de ma rue.